Eh, oui, on a entendu parler d'Issoire jusqu'à Cap Vol à Voile. Voici donc le récit de notre ami "d'en face" Jean-Claude Englebert. Son nom ne sera toutefois pas inconnu aux lecteurs attentifs qui n'ont pas eu la chance d'aller à Issoire, car ce n'est pas sa première contribution à notre brochure ...
Dimanche 16 avril 2000.
Départ matinal de Temploux en direction d'Issoire.
Je me fais lâcher sur Cirrus. Enfin, je veux dire, je me fais lâcher sur remorque Cirrus, que je suis chargé de convoyer. Cap grand sud. Reims, Troyes, Sens, Montargis, Nevers, Cosne-sur-Loire, Clermont-Ferrand, Issoire. Voyage sans histoire.
Accueil par Guy Rousseaux, qui a abondamment fait de l'onde les jours précédents. Il fait gris en cette fin d'après-midi, la pluie menace, mais les gars du CEVV font un peu de pente sur la colline longeant le terrain d'Issoire.
Découverte du gîte puis découverte des environs d'Issoire: c'est superbe (les deux: je donne l'adresse du gîte à la ferme à ceux qui sont intéressés). Même pour ne pas voler, la région vaut largement le déplacement. Je conseille en particulier Usson, petit village au sommet d'une colline à l'Est d'Issoire (sans oublier son célèbre mur: le mur d'Usson, warf!). De là, on voit toute la région. Sur 360 degrés, on voit les montagnes enneigées du massif central, la plaine de l'Allier, des prairies, des bois. Quatre paysages différents selon la direction dans laquelle on regarde.
Repas tous ensemble au "Relais". Ambiance super-sympa. Je découvre enfin les noms et prénoms de pilotes que je côtoie hebdomadairement depuis presque 2 ans à Temploux.
Lundi 17 avril 2000 .
Guy me "briefe" sur le terrain d'Issoire. Configuration très particulière. La piste est parfaitement orientée nord-sud. Elle est longée par une route, par la voie ferrée et par l'autoroute à l'ouest. Au-delà de l'autoroute (100 mètres), c'est une colline s'élevant à environ 200 mètres au-dessus du niveau de la piste.
Guy m'avertit: il faut "serrer" la piste de près en vent arrière et ne pas s'amener trop bas à cause des rabattants générés par le vent "donnant" sur la colline. On ne prolonge pas trop la branche vent arrière. Nous partons en Puchacz, planeur plastique polonais d'écolage, certifié acro. Planeur très homogène et souple aux commandes. Certainement beaucoup moins performant que le "Marianne" de Cap VàV (là, je me fais des copains "chez nous") mais aussi beaucoup plus facile et souple aux commandes (là, je ne me fais pas que des copains "chez nous"). Pas besoin d'entraînement préliminaire sur vélo d'appartement pour développer des mollets susceptibles de manier les palonniers, si vous voyez ce que je veux dire.... Je découvre Issoire et ses environs: l'école des officiers, le circuit automobile etc.. Contrairement au "Louroux", on retrouve le terrain d'un seul coup en effectuant un 360. Les hangars d'Issoire Aviation (ex-Wassmer) sont visibles de très loin.
Pas d'ascendances exploitables, je m'annonce en vent arrière à 300 et quelques mètres, légèrement en crabe, le nez pointé sur la colline. Pas de "dégueulantes" cette fois-ci , je me présente en finale et pose ce planeur décidément très agréable.
Attribution des machines. Guy préfère me voir voler un coup en "bois et toile" avant de me laisser l'ASW-15. Finalement, les Ka-6 et 8 sont attribués et je me vois confier... le PW! (lire "pioui"). Durée max. du vol: 2 heures. Faut partager.
Le PW est un planeur génial ! Tous les avantages des Ka8 et Ka6 sans les inconvénients. Bonne finesse, excellente maniabilité. Très facile, monte très bien. Super. Patron, mettez m'en une caisse de 6!
Je me balade pendant 2 heures aux environs d'Issoire. Je vais jeter un coup d'œil sur les collines environnantes. Superbes paysage, planeur facile, vario électrique qui s'affole régulièrement dans du +3/+4.
La base des nuages est à un gros 1500 mètres. D'un coup, en quittant la "succion" d'un nuage, en ligne droite face au vent, je continue à avoir du +1/+1,2 en ligne droite. J'atteins 1860 mètres sans vraiment exploiter cette légère onde qui se forme sur les nuages. Je vole entre des gros gâteaux blancs. Génial ! Je n'insiste pas, ne sachant pas trop quoi foutre de ce truc.
Après deux heures, je me présente en début de vent arrière. 350 mètres: trop haut. 360 degrés. 280 mètres: OK, je m'annonce. La piste a changé par rapport à ce matin. Je ne serre pas trop mais évite d'être trop "serré" sur la piste. Diable, ça dégueule vachement! Je me souviens des avertissements: la base doit rester très proche de la piste et on peut prendre la finale jusqu'à 200 mètres, partant du principe qu'il vaut mieux exploiter la seconde moitié de la piste que le labouré se trouvant avant la piste. Décidément, les rabattants me rabattent terriblement. Je viens de dépasser le milieu de vent arrière et ne suis plus qu'à 120 mètres d'alti par rapport à la piste (et donc beaucoup moins par rapport à cette damnée colline). Plus le temps de jouer: je banque un bon coup à droite, fais une rapide base et me pose. Je termine ma course à peu près au milieu de la piste, au grand étonnement de toute la colonie belge, qui ne m'a pas vu m'amener si bas qu'un canal s'est pendu. Diaboliques, ces rabattants, on ne m'y prendra plus.
Mais quel planeur, ce PW!
Lundi 17 avril - soir
Le 17, c'est l'anniversaire de Benoit. Donc, je n'ai la possibilité de payer un verre ni pour mon lâcher PW, ni pour mon atterrissage spécial (ni pour mon vol le plus long).
On prend un pot, hahaha, bon, c'est pas tout ça, faut aller bouffer.
Le repas est bien arrosé, étant donné que Benoit rajoute quelques bouteilles de rouge pour son anniv. A l'autre extrémité du resto, Captain Bout-of- Fire déroule sa check-list à la rubrique "Anniversaire": lors d'un anniversaire, le plus "commandant de bord 737" des membres de l'assistance doit se lever, chanter, "Ami, ami, lève ton verre" avec le jubilaire (celui dont c'est l'anniv. quoi), puis faire "et glou, et glou" avec lui.
Ainsi fut fait.
Même vu de loin, Captain Bout-of-Fire ne semble pas avoir exactement la même teinte qu'à l'habitude. Je décide d'en avoir le cœur net et suggère au président du CEVV qu'il importe qu'il aille aussi faire "et glou et glou" avec le Captain. Ce qu'il fait.
Je trouve également que Thomas Wendling (un Allemand qui est venu tout exprès de Munich pour le stage du CEVV) devrait aller trinquer à l'amitié belgo-allemande avec notre Captain. Puis ensuite, je prends sur moi d'aller trinquer à l'indissoluble amitié CEVV-CAP Vol à voile avec le Captain.
Vu de loin, il était clair que Captain était proche de la saturation. Vu de près, je m'aperçois qu'il donnait très bien le change. En fait, le navire tangue énormément et ma chemise en fait les frais.
J'apprends le lendemain que la cage d'escalier du domaine du Vort, où loge une partie de la colonie belge, a résonné de vrombissements simulés d'avions jusque 2 heures du matin.
Voilà pour la fin du lundi 17.
Mardi 18 avril
Petit circuit. Départ d'Issoire (of course), cap à l'est en direction du Mont Dore et de La Bourboule.
Paysages superbes, lac de je-ne-sais-plus quoi, sommets enneigés (à partir de 1400 mètres). Arrivée au Puy du Sancy vers 17 heures.... après avoir laissé la voiture au pied du Mont Dore et grimpé les derniers km à pied.
Ah oui, j'avais oublié de vous dire: lundi, c'est les autres qui ont bu, mais c'est moi qui me suis royalement éveillé à 11h25 du mat'. Putain, que ça fait du bien. Pas envie de me grouiller, plutôt bien profiter du petit déj, plantureux, comme d'hab (on y reviendra).
Pas envie de me battre pour un planeur ni de demander à un copain de redescendre après 2 heures + envie de respecter ma promesse de ne pas voler tous les jours (j'avais dis "Vacances ET vol à voile", pas uniquement VàV), donc aujourd'hui: excursion. Au retour, je tombe sur le "Dristant", petit resto sympa à Saint Floret. J'essaye le lendemain soir. A recommander.
Mercredi 19 avril
Arrivée au terrain (relativement) TOT. On me confie l'ASW15! Incroyable! Voler sur un planeur à train rentrant sans heptuple check sur IS28 + certificat de bonne vie et mœurs, autorisation des parents, PhD en physique théorique ! Juste comme cela !
D'après les ceusses qui volent le matin, cela donne pas mal. Malheureusement, en thermique sec.
Je décide néanmoins de préparer un A/R Issoire-Saint Flour, histoire de voir si mes qualités de photographe se sont améliorées et si je peux enfin faire homologuer mon p... de 50 bornes (je sais, avec un planeur plastique, mais ce n'est pas un 50, c'est un 100 bornes) pour avoir mon b.... de brevet D.
Préparation du panneau (flamand, fourni aimablement par Stéphane, commissaire sportif courtraisien), du baro (courtraisien aussi), chargement de l'appareil photo, décollage. Le crochet étant situé assez en arrière, le planeur fait un peu "non, non" avec son nez. De plus, la bête a un empennage de profondeur monobloc - petites montagnes russes en remorqué.
Largage à 700 mètres. Pouf, direct dans une pompe! Profondeur monobloc -bien centrer la bête + contrôle ad hoc de la vitesse puis rentrer le train. Bordeeel de truc! Dur! Pas facile! Faut s'arc-bouter sur la commande du train sans perdre cette p... de pompe. Je trouve ce bac sensiblement plus pointu que l'Astir.
Ca monte pas mal, mais cela secoue sec. Au fil des minutes, mon estomac se met à vaguement tourner. Pas grave, cela passera. J'ouvre en grand la ventilation. Pompes hyper-étroites, montée difficile, je monte difficilement plus haut que 1200 M. Après avoir pas mal tournoyé et merdoyé, je tente timidement de mettre le cap sur le sud.
Direct au sud du terrain, pompe infernale: une partie du tour, le vario se bloque à +5, une autre, il descend à -3. Pas moyen de centrer ce brol. Hyper violent et peu efficace. Cela me fait penser à ce qu'on m'a raconté de la prise de la pompe générée par une tour de refroidissement de centrale nucléaire. Mon estomac tourne de plus en plus. Je change de crémerie à 1300M. Je suis toujours largement local terrain.
Toujours un beau ciel tout bleu, des thermiques tout purs. A un gros 15 km du terrain, j'hésite entre aller vers le terrain de Brioude et rebrousser chemin. L'estomac ne va pas mieux -je rebrousse.
Transition pas facile, le terrain d'Issoire est loin, je le vois, mais il monte dans mon champ de vision! Si ça continue, je vais aller au tas à 2 bornes du terrain.
400 mètres: tiens, revoilà la même pompe qu'à l'aller. Saloperiiiie! Toujours aussi difficile à centrer. Je remonte au-delà de 1500 mètres. OK, je n'irai pas au tas.
Estomac qui tourne, stress de la vache, pompe difficile et secouante, chaleur, le drame inévitable se produit. Pas de sac SABENA à portée de main. L'horreur. Petits bouts de fromage blanc préparé à la ferme où je loge partout, y compris sur la verrière because protection manuelle du tableau de bord.
Inutile d'insister. Je me sens évidemment beaucoup mieux, après quelques "secousses de rappel", mais je me vois mal continuer à voler comme cela. Je sors le train (je n'oublie pas, bien que n'ayant jamais volé en IS!) et me prépare à descendre doucement en spiralant au-dessus de l'entrée de circuit. La plupart d'entre vous ont déjà deviné que, même train sorti, je prends du +2 et monte au lieu de descendre. P... de vol.
Je me pose et malgré mes coups de soleil, je suis tout pâle (pas à cause de l'atterro, of course).
Conclusion: plus JAMAIS la combinaison jus de fruit-fromage blanc au petit déj.
Nettoyage de l'intérieur du planeur, des sangles du pépin, puis douche et bon petit repas au "Dristant" pour faire oublier tout cela.
Après le descriptif de la soirée de lundi, j'espère que Captain Bout- of-Fire s'estime vengé.
Jeudi 20 avril - journée spéciale "Pas de pompe".
Comme y a pas de pompes en l'air, je fais ce qu'il faut pour en recevoir des coups (de pompe) ailleurs: je demande à passer mon check passager.
Captain Bout-of-Fire est mis sur le job. Il me met en parfaite condition pour l'exercice: j'explique le fonctionnement du Ka7 de A à Z et lui fait semblant de poser des questions à la mords-moi-le-noeud. Je vous passe les détails, mais le résultat est atteint. Avant le décollage, j'ai le parfait sentiment d'être intégralement responsable de la vie du pauvre être (encore) vivant qui se trouve derrière. Alors que, en temps normal, c'est "me-myself and I".
Pouf, pouf, petit vol sans histoire et sans ascendances. Mon "passager" me pose les questions les plus incongrues qui soient et tente par tous les moyens de me distraire. Raté. Il donne de grands coups de bottes dans les palonniers. Je me fâche. Intégration en branche vent arrière, la logorrhée continue. Captain Bout-of-fire m'abreuve de "M'sieur". Spécial. Virage en base. Mon passager donne de grands coups dans les palonniers. Je gueule un grand coup. Atterro. Je repars avec Thierry Heck. Je me méfie de lui pendant tout le vol : d'où viendra la vacherie? Décrochage du câble en remorqué, ouverture de la verrière? Thierry a pour mission secrète de donner du manche en avant pendant la finale.
Après l'atterro, félicitations etc... Je réussis enfin à offrir un petit verre à la colonie Belge. C'est la troisième tournée, en rafale car nous sommes attendus pour une dégustation de vins, puis pour un cocktail à la mairie, avant le traditionnel repas au "Coq Hardi". En vue de garder mes bonnes relations avec la Maréchaussée locale, je confie mes clés.
Vendredi 21 avril - journée spéciale "Vol en ASW15 sans vomir ".
Que dire de plus? Sinon qu'on vole mieux quand on n'est pas malade et que quand on transite vers une zone où le sol monte, on se rapproche encore plus vite du sol?
Soirée Belge. Toujours comique: on offre des bières et du fromage à des Français, qui s'empiffrent et finissent en rampant, vaincus par la traîtreuse bière.
Samedi 22 avril - journée spéciale "ça décoiffe".
Vent à décorner les bœufs le matin. Cela se calme un peu l'après- midi, mais Philippe Defooz n'est pas chaud-chaud pour que je fasse mon premier vol en "Cirrus" avec un vent pareil. Les pilotes Ka8/Ka6 étant cloués au sol (ça souffle TRES fort), Guy me suggère de prendre le Ka6. Je me dis que j'économiserais un remorqué si je plantais le câble de remorquage en plein milieu de la piste pour faire "cerf-volant" avec le Ka6. Je pars quand même, mais c'est du viril. Petit vol de pente bien sympa.
Tout le monde ne respecte pas les sens de rotation et nous sommes à 11 ou 12, donc ça frotte un peu. Après 1h10, j'entends qu'on rappelle les planeurs à la radio pour cause de démontage. Je me laisse descendre.
J'entends surtout Guy avertir le PW que cela souffle de plus en plus fort et lui conseiller de prendre au moins 140 en finale! Je commence à m'inquiéter, car je suis beaucoup plus sensible au vent que le PW. Vers 800 mètres, je me fais retourner comme un crêpe. Malgré ma manie de me sangler "comme il faut" (c'est-à-dire jusqu'à ce que la respiration devienne pénible), je heurte la verrière avec mon crâne tellement cela secoue.
Je trouve cela de moins en moins drôle, me demandant à quelle sauce je serai mangé en longeant la colline si cela secoue autant à 800 mètres. En fait, je ne sais pas à ce moment que je suis dans du sous-ondulatoire en formation, raison des secousses qui disparaîtront finalement. Après avoir demandé conseil à Guy à la radio, j'emploie la manière forte : étape de base proche du seuil de piste, en crabe, et j'aborde la finale à 400 mètres (je dois aussi effectuer un transport).
Je prends 140, pendu aux AF. Le bout de la piste est à moins de 1000 mètres devant. Le gradient de vent n'est pas banal et ma vitesse chute assez tôt. Rentrer les AF à moitié pour garder ma vitesse, puis atterro normal. Souffler un peu dans le cockpit avant de sortir.
Ensuite, démontage, souper, dodo, puis retour en Belgique sous une drache qui fait que non, rien de rien, je ne regrette rien.
A l'année prochaine.
Jean-Claude Englebert