De l'onde à Temploux !!!
Cela faisait déjà un certain temps que l'idée qu'il y avait de l'onde à Temploux me trottait dans la tête à la vue de lenticulaires dans le ciel de Namur par fort vent de sud-ouest. De plus, la présence d'une pente peu élevée mais incurvée, ne laissant pas s'échapper le flux par les côtés, est propice à l'établissement ou au renforcement d'une onde.
Il se peut également que ce relief ne soit pas le générateur de l'onde, mais permette à une onde plus lointaine d'entrer en résonance.
Une vallée peut aussi permettre le déclenchement de l'onde.
Helmut Reichman parle également d'ondes d'inversion que l'on peut découvrir en plaine.
Il nous dit : "Les ondes d'inversion se forment s'il y a un fort gradient de vent à l'altitude de l'inversion. Comme les vagues de la mer, elles ne dépendent d'aucun obstacle, soit au sol, soit convectif ; elles sont orientées en travers du gradient de vent."
Il nous dit aussi : "Les ondes d'inversion sont limitées à une couche peu épaisse; elles sont difficiles à localiser (puisqu'elles se déplacent); elles ont tendance à se briser comme des vagues d'eau, et donc ne subsistent en général que pendant de courtes, périodes. Il est peu probable qu'elles puissent jouer un rôle dans le vol à voile."
L'onde a fréquemment été exploitée avec succès à Verviers (je crois que l'altitude de 5.300 mètres a été atteinte en période hivernale; pourquoi leur laisser ce monopole en Belgique ?).
Mais à Temploux, dès que le vent dépassait une certaine force et qu'il n'était plus exactement dans l'axe, personne n'osait mettre de machine en l'air, ne fût-ce que pour tester la masse d'air. Il est certain qu'il ne faut pas laisser décoller n'importe quel pilote (aussi bien dans le planeur que dans le remorqueur... ) par ce genre de conditions météo, mais tout s'apprend et les moniteurs ne sont pas là uniquement pour vous amener au premier solo.
Mais les mentalités changent, il y a de l'espoir...
Samedi 21 octobre
Très tôt déjà, le vent au sol est du 230, + 30 nœuds, idéalement orienté pour la pente de Temploux. De plus, 5 huitièmes d'altocu empêchent une convection trop importante de nuire à l'écoulement laminaire. La seule information qui manque est le gradient du vent car celui-ci est favorable au bon établissement de l'onde.
Lors d'un vol d'écolage en Ka 2, le 17 septembre, avec un vent du même secteur mais beaucoup moins puissant, et avec l'insolation également masquée, nous avions pu nous maintenir à l'altitude de 500 m QFE pendant 40 minutes sur la pente de Temploux, de part et d'autre du château du Pavillon. D'habitude, cette pente ne "donne" que jusqu'à l'altitude de 300 mètres QFE.
Mais ce samedi 21 octobre, aucun planeur ne décolle.
Dimanche 22 : arrivée des "mordus" vers 11 heures. Vent faible à modéré, du 1600, ciel totalement dépourvu de nuage. Sortie des premières machines.
Progressivement, le vent tourne au sud-ouest et s'intensifie au sol, mais est loin d'atteindre la force de la journée précédente (je l'estime entre 15 et 20 nœuds). C'est à ce moment que le motoplaneur LX-CAT nous annonce qu'il est en laminaire sur la pente, à 700 mètres, avec un vent de 70 km/h. Aucun élève n'étant présent, Paul Dellisse me propose gentiment de partir tous les deux sur Bocian. Décollage vers 12 h 10 locales, remorquage plutôt turbulent jusqu'à 400 m QFE, largage à 500 M. Là fut l'erreur : nous étions trop bas pour accrocher le laminaire, et atterrissage après 14 minutes. Essai identique et échec identique pour l'Astir de la Meuse.
Je repars avec un élève, en prévoyant cette fois-ci un remorquage à 1.100 mètres. Décollage toujours en Bocian, et toujours aussi chahuté. Remorqués face au vent entre Jambes et Malonne, la turbulence cessera vers 550 mètres. Largage au-dessus de Namur, nous perdons une centaine de mètres à chercher une onde que je savais présente. Et c'est à Rhisnes (banlieue nord de Namur) que je la trouve (+ 0,20, + 0,50 au vario). Je tapote sur l'altipieds de la place arrière, il bouge du bon côté; confirmation, nous sommes bien en montée.
Le vent à cette altitude (1.150 mètres) s'est orienté évidemment beaucoup plus ouest. Je l'estime à du 240; il s'est incroyablement renforcé. Volant face au vent à 90 km/h, nous reculons lentement par rapport aux repères que j'avais pris; à droite, un cimetière rectangulaire au milieu d'un méandre de routes, et à gauche, un carrefour. De plus, la VZ très stable que nous avions diminuait progressivement. Je demande à l'élève d'augmenter l'assiette et la vitesse (c'était une leçon de rêve pour lui, qui en était à son 2ème vol planeur). A 130, nous aurions continué à grimper car, en ralentissant à 85 km/h, le vario se stabilisait à 1,5 m/s, mais nous reculions. Pour rester sur place par rapport au sol, il nous fallait voler à 105 km/h, force du vent à cette altitude.
L'IS28 du RCNA vint nous rejoindre, et 500 mètres à notre droite, il montait de la même manière. A notre gauche, près de la citadelle, un Astir prit le même ressaut. - Celui-ci s'étalait donc sur au moins 3 km. C'était tout simplement extraordinaire: nous faisions du vol d'onde à Temploux. Nous stoppâmes la montée à 1.300 mètres, d'autres élèves attendaient.
Atterrissage à 14 h 14, après 1 h 04 de vol.
Je ne crois pas que nous soyons à la veille de réaliser de grands circuits en onde au départ de Temploux, mais l'onde étant exploitable du lever au coucher du soleil, des gains d'altitude, et surtout des vols de durée, pourront être effectués au coeur de l'hiver (la convection y est quasi inexistante).
Gilles Polomé, 1990