QUOI ? MAINTENANT ? TOUTE SEULE ?

 

Avant le stage, Guy m'avait dit:

" Normalement, tu seras lâchée à Issoire

J'étais super contente. J'allais enfin pouvoir voler seule.

J'arrive là-bas le samedi soir avec Lucie (et la bataille d'Angleterre en 52 exemplaires.

En fait son mari a fait partie de la RAF., alors ... ).

Le dimanche matin, on monte les planeurs et on les nettoie. (Avis à tous ceux et celles qui ont l'intention de faire un stage à Issoire l'année prochaine : Prendre seaux et éponges pour laver les planeurs !!!).

Un après-midi, je fais un vol pendant lequel Guy me montre la région et mes points de repères.

Lundi, je fais deux vols et puis fini jusque jeudi. On ne peut pas voler mardi et mercredi jusque 17h. parce qu'il y a des manoeuvres de l'OTAN dans presque toute la France (… évidemment Fayence et St. Auban y ont échappé).

Mardi, j'en profite pour "essayer" d'étudier le syllabus pour notre examen du lendemain. Mercredi, on passe l'examen ... que je réussis (évidemment, quelle question ....)

Fin d'après-midi, on va prendre un verre à la maison de Guy.

De retour à l'hôtel, on se rend compte que Lucie n'a pas perdu son temps chez Guy et qu'elle est déjà bien partie, ce qui incite certaines personnes dont je ne citerai pas les noms ( AlleÏ vous, encor des promess !), à l'achever au "Vieux Barbu". Vers 3 heures du matin, ils se décident enfin à la mettre au lit. La seule chose à laquelle je n'avais pas pensé, c'est qu'elle et moi, on dort dans la même chambre, et qu'aussitôt endormie, elle se met à ronfler. Ah! mes aïeux, quelle nuit j'allais passer... Après une heure d'attente, en vain, pour trouver une accalmie, j'ai changé de chambre !

Jeudi, je rate les 3 atterrissages de mes 3 premiers vols. J'enrage, d'autant plus que le reste des vols avait été bon! Si je réussissais mon atterrissage, j'aurais peut-être une petite chance d'espérer être lâchée aujourd'hui. Au 4ème vol, je réussis mon atterrissage et Guy me dit:

"On repart immédiatement pour confirmer"

(Pourrais-je commencer à espérer ?).

Je m'installe dans le planeur et quand arrive le remorqueur, Guy est toujours debout à côté de moi et me dit:

 

"Bon, maintenant tu pars toute seule..".

Quoi?

Maintenant?

Toute seule? J'y crois pas!

Bref, "ils" m'installent une radio, ferment la verrière, attachent le câble, Guy me tient la plume et je décolle.

Pendant tout le remorquage, j'ai les yeux rivés sur le remorqueur, ma main droite agrippée au manche et ma main gauche prête à larguer le câble. Je largue à 700 mètres et je fais des aller-retour au-dessus d'Issoire. A 300 mètres, je rentre en circuit et je réussis plus ou moins mon atterrissage.

C'est seulement quand la voiture de piste vient me chercher que je me rends compte que je viens de voler seule.

J'ai les bras en plomb, les mains et les jambes qui tremblent et je ne sais pas très bien si je dois rire ou pleurer.

Guy me dit de refaire un deuxième vol tout de suite. Je me réinstalle dans le planeur et c'est reparti.

Ca va déjà mieux, je me rends vraiment compte maintenant ce que c'est que de voler seule.

Je largue à 700 mètres et je m'amuse à faire des huit, de faire des virages et des lignes droites. J'arrive même à prendre une pompe ce qui me permet de rester 30 minutes au lieu de 15 en l'air. J'ai vraiment une impression de liberté, c'est génial, il n'y a plus quelqu'un derrière moi pour me dire ce que je dois faire, pour voir mes erreurs.

Après avoir cherché en vain après une autre pompe, c'est trop chouette, je n'ai pas encore envie de redescendre, je dois bien me résigner à rentrer au terrain.

Après mon atterrissage, on remonte le planeur près des hangars et ils s'arrangent pour me faire tourner le dos à la voiture de piste.

Alors là, c'est la douche. Trempée mais heureuse

Le lendemain, je fais encore un vol solo en début de journée et deux autres stagiaires sont également lâchés après moi.

Le reste de la journée (la dernière du stage pour la plupart), je regarde les autres voler. Le soir, photos du groupe et photos des 3 solos (Re-douche évidemment, fallait s'y attendre !).

Samedi matin, certains se demandent si c'est bien dehors qu'il y a du brouillard ou dans leur tête.

C'est le moment des départs pour pas mal de monde. L'après-midi, il fait trop mauvais pour voler, on va prendre l'apéro chez Willy. Après le souper, rebelotte pour les douches et les bains tout habillé.

Dimanche, je refais un vol en double commande avec Guy car il y a trop de vent et on zigzague entre les averses.

Lundi matin, je fais encore deux vols solo et après quelques règlements de compte (lits mouillés, chambre virée, porte fermée à clé de l'intérieur, .... ) et une semaine de "vacances" géniales, mes parents viennent me chercher et je rentre en Belgique....

Où il pleut! Beurk !

Je n'oublierai pas de sitôt mon premier stage à Issoire avec le C.E.V.V.

Héliane Van Haudenard, Pâques 1993