GRAND BOL D'IMPRESSIONS INOUBLIABLES A SAINT-AUBAN

(juillet 1999)

" On " m'en avait parlé, j'avais hésité, questionné, Un Novice en vol à voile comme moi avait-il sa place et supporterait-il de découvrir la montagne en planeur ? Comment, alors que je viens juste de décrocher mon carton bleu et que je n'ai que quelques malheureuses 30 heures de vol à mon actif, pourrais-je supporter des vols de 5 heures et plus, probablement secoué et ballotté par des vents de pente et des ressauts d'onde ?

Foin de toutes ces appréhensions, je me jette en l'air (et non pas à l'eau, très peu pour moi, merci), et me voilà donc, pas très fringuant, ce jour de fête nationale, avec Michel et son beau Janus, sur le gazon de Saint-Auban, entouré de la Durance et des Hautes Alpes.

Le briefing matinal du Centre, savant mélange de conseils très " pro ", d'anecdotes terribles et de prévisions météo réputées et vraiment assez fantaisistes, le repas de midi copieux et excellent, sont déjà passés.

Je sens le stress monter en moi, mais Michel est là et bien là : check du planeur, briefing sur les instruments, information sur la géographie alentour, les aérodromes et terrains vachables répertoriés, conseils en tout genre : il n'a pas son pareil pour mettre à l'aise.

C'est à nous ! Le curieux petit avion d'épandage agricole nous arrache du terrain dans un tourbillon de poussière, nous rasons les toits de la ville et cap sur les premières pentes où Michel n'attend pas 1 mètre de trop pour larguer.

Les " anciens " se diront peut-être " encore ! ", mais je m'adresse plutôt aux novices comme moi : Ça c'est du vol à voile ! On est l'oiseau qui monte le long de la pente, qui tourne quelques dizaines de mètres au dessus du bûcheron, qui profite du moindre support. On file vers la crête suivante, les noms de pics, de vallées, de rivières me parviennent de l'arrière. Michel croit bon de dire aussi souvent que possible en local de quel terrain nous sommes. J'ai la confiance quasi totale, je sais que je ne serai pas malade, et surtout, les kilomètres défilent les minutes puis les heures passent sans problème : c'est trop beau, surtout pour moi qui connais ces montagnes pour les avoir parcourues à pieds. Nous voilà déjà aux Ecrins, en Italie, que d'émotion ! Je tâte aussi des commandes bien sûr, hum, autre chose que le Ka8 ! Quelle merveille ce Janus.

Le Glacier Blanc, dans le massif des Écrins, près de Briançon

Voilà le lac de Sainte-croix, le calculateur nous confirme une confortable réserve d'altitude pour regagner " la maison ". L'air se calme, j'ai l'impression de piloter un airbus dans la lumière dorée du soleil couchant.

" Mais quelle heure est-il ? Déjà 5 heures de vol passées ! "

Deuxième jour : " Mistral " selon la météo. Michel nous amène au Pic de Bure (devenu malheureusement célèbre pour son accident de téléphérique voici peu). Il se bat comme un beau diable pendant près d'une heure pour " accrocher " un rotor invisible (les nuages, c'est surtout dans le livret du vol à voile qu'ils sont si évidents ).

Tout à coup vlan - un grand coup de pied au derrière, quelques bonnes secousses et puis le calme plat !

On a beau l'avoir lu dans les manuels, vivre sa première expérience en onde c'est incroyable : plus le moindre bruit, plus la plus petite vibration. Le GPS nous indique un vent de 70-90 km/h de face, et le vario me dément l'absence de sensation que j'ai : +2 - +3 m/s . Le Pic de Bure qui nous a nargués si longtemps n'est déjà plus qu'un petit relief insignifiant. 4500 m c'est beau ! Un petit mal de tête naissant et les pieds qui commencent à rouspéter de froid nous forcent à la prudence et nous redescendons en contournant gracieusement les cumulus.

Michel nous amène à la montagne de Lure, longue crête orientée est-ouest, partant de Sisteron jusque pratiquement au mont Ventoux : bel exercice pour moi de longer sur +/-20 km et retour cette arête sous le regard éberlué de quelques marcheurs !

De retour au bercail après 5h20 de vol, le roi n'est pas mon cousin 

Dans l'onde près du Pic de Bure

Dernier jour, avec " madame météo " qui s'obstine toujours à nous annoncer un Mistral à décorner les blufs.

Michel pas très heureux de nous voir partir en premier comme cobayes sur Les Mées, ces dentelles de rochers au sud du terrain où il va effectivement devoir grappiller des +0,00.. tant et si bien que 10 fois, vingt fois, je me dirai " cette fois-ci pas de problème, on est bon pour retourner direct au terrain ". C'est très mal connaître Michel, et, maintenant, je sais pourquoi il est si bon en compétition : s'il a décidé que ça irait, ça ira !

Ce sera donc encore une journée mémorable, indescriptible, jusqu'à la frontière italienne, le Queyras, des cols, des vallées, des crêtes, des lacs plein les yeux !

Michel, tu fais cela bénévolement, avec ton planeur, et, même si ce sport réputé " égoïste " est ta passion, tu as le mérite de vouloir la faire partager aux autres d'une manière moins formelle et plus spectaculaire que comme instructeur à Temploux.

MERCI Michel " plus vite ! " Van de Steene.

Benoit.